La Commission européenne propose une fiche de performance pour les data centers dont la puissance informatique installée atteint au moins 500 kW. Elle comportera deux lettres, de A à G : l’une sur l’efficacité énergétique, l’autre sur l’efficacité de l’utilisation de l’eau. Cette étiquette des data centers ne donnera pas de note globale et ne fonctionnera pas comme le diagnostic de performance énergétique d’un logement.
Pourquoi l’Union européenne veut noter les centres de données
Les data centers consomment de l’électricité pour faire fonctionner les serveurs et les systèmes de refroidissement. Leur développement accompagne notamment la progression de l’intelligence artificielle et le projet européen d’augmenter les capacités de calcul produites sur le territoire.
Le cadre présenté pour le dispositif cite environ 68 TWh d’électricité consommés par les data centers de l’Union en 2024. Une projection porte ce chiffre à 114 TWh en 2030. La capacité installée passerait également d’environ 12 GW à 28 GW sur la même période. Ces ordres de grandeur rendent plus nécessaire la comparaison de l’efficacité des sites, surtout lorsque leur capacité augmente.
Le seuil de 500 kW concerne la puissance informatique installée, c’est-à-dire celle des serveurs. Il n’inclut pas la climatisation ni les autres équipements auxiliaires. Les sites qui atteignent ce seuil entreront dans le périmètre obligatoire du dispositif. Les installations plus petites pourront participer volontairement.
Deux notes séparées, pas un classement général
Une lettre pour l’énergie, une autre pour l’eau
La première note portera sur l’efficacité énergétique du site, notamment à partir de la Power Usage Effectiveness, ou PUE. Cet indicateur met en rapport l’énergie totale nécessaire au fonctionnement du site et celle utilisée directement par les serveurs.
La seconde s’appuiera sur la Water Usage Effectiveness, ou WUE, pour décrire l’efficacité de l’utilisation de l’eau. Cette donnée concerne directement les systèmes de refroidissement.
Ces deux résultats doivent rester séparés. Un système de refroidissement peut réduire la consommation électrique tout en utilisant davantage d’eau. Un autre peut limiter l’usage de l’eau au prix d’une consommation électrique plus élevée. Une lettre unique masquerait cette différence.
Une note d’efficacité ne permet pas, à elle seule, de connaître le volume total consommé ou la taille de l’activité. Pour interpréter le résultat, il faut aussi tenir compte du nombre de serveurs, de la capacité du site et des services qu’il héberge.
Le contexte local fera partie de la fiche
La fiche indiquera le lien entre l’utilisation de l’eau et le niveau de stress hydrique de la zone concernée. Elle prendra également en compte les besoins de refroidissement liés au climat local. Une même performance technique n’a pas la même portée dans une région froide et dans une zone chaude soumise à des tensions sur la ressource.
Le document précisera aussi l’origine de l’électricité utilisée. Il pourra distinguer l’électricité renouvelable ou nucléaire produite sur place, l’électricité achetée directement à une centrale dans le cadre d’un contrat de longue durée, les garanties d’origine et l’électricité dont l’origine n’est pas identifiée.
Chaleur récupérée et services au réseau électrique
La fiche doit aussi signaler si un data center peut offrir des services au système énergétique local. La réutilisation de sa chaleur fatale fait partie des possibilités prises en compte.
Cette information indique une capacité ou un équipement disponible. Elle ne suffit pas à mesurer la quantité de chaleur effectivement livrée à un réseau de chauffage, ni l’effet réel d’une modulation de la demande électrique sur le système.
Un calendrier lié à la procédure européenne
Le texte suit une période de contrôle pendant laquelle les États membres et le Parlement européen peuvent s’y opposer. Le délai initial est de deux mois et peut être prolongé de deux mois. Sans objection, le règlement sera publié au Journal officiel de l’Union européenne et entrera en vigueur vingt jours plus tard.
Les premières fiches sont prévues au plus tard le 15 août 2027 et doivent être accessibles en ligne. Les exploitants concernés déclarent déjà chaque année leurs données d’énergie et d’eau dans une base européenne depuis le 15 mai 2024. La nouvelle étape consiste à transformer ces déclarations en indicateurs standardisés et plus faciles à comparer.
Ce que la note ne changera pas immédiatement
Le dispositif ne fixe pas de plafond général pour la consommation d’électricité ou d’eau. Il n’impose pas non plus de publier le total de puissance consommée et une mauvaise lettre n’entraînera pas automatiquement la fermeture du site ni des travaux obligatoires.
La comparaison avec l’étiquette énergétique d’un réfrigérateur reste donc limitée. Pour un appareil, la note aide à choisir un produit avant l’achat. Pour un data center, elle rend surtout visibles des critères techniques auprès des collectivités, des opérateurs de réseau, des investisseurs et des entreprises qui recherchent une capacité d’hébergement.
Une première comparaison avant d’éventuelles normes
La notation constitue un premier niveau de transparence. Elle peut faciliter la comparaison des systèmes de refroidissement, des consommations auxiliaires et des possibilités de service au réseau. Elle ne dira pas, à elle seule, si une amélioration technique a produit un bénéfice mesurable pour les habitants ou pour le système électrique.
L’Union européenne travaille par ailleurs sur d’éventuelles exigences minimales concernant l’efficacité énergétique et l’utilisation de l’eau des data centers. Ces normes ne découleront pas automatiquement de la lettre affichée. Le résultat concret du dispositif est plus limité : fournir des indicateurs communs pour distinguer une performance technique d’une consommation totale.
Comment lire une fiche
- Comparer séparément la note d’efficacité énergétique et celle de l’eau, sans chercher à les transformer en score unique.
- Vérifier le niveau de stress hydrique et les conditions climatiques locales avant de comparer deux sites.
- Regarder l’origine de l’électricité déclarée, notamment la production sur place, les contrats directs et les garanties d’origine.
- Replacer les deux lettres dans le contexte de la taille du site, de son nombre de serveurs et des services qu’il héberge.
Cette lecture évite de confondre un bon ratio d’efficacité avec une faible consommation totale. Elle permet aussi de voir ce que la fiche mesure réellement : la performance déclarée d’un site, dans un contexte énergétique et hydrique donné.
Sources et références scientifiques
- Craig Hale. The EU will force data centers to disclose how much water and energy they are using. 2026.
- EU to require data centres to disclose energy and water efficiency | live.
- Energy union indicators webtool.
- Données locales de consommation d’énergie.
- Mise à jour annuelle..
- Données les plus récentes disponibles: année 2024 pour l'électricité, le gaz naturel, les réseaux de chaleur et de froid et les produits pétroliers..
- Date de dernière mise à jour: 1er octobre 2025..
- la répartition par région et département du total des ventes annuelles, en France métropolitaine, de gazole routier, supercarburants, gazole non routier, fioul domestique, fiouls lourds, gaz de pétrole liquéfié.
- les ventes annuelles de carburéacteur en France métropolitaine.
- les ventes mensuelles en France métropolitaine, depuis 2017, de gazole routier; supercarburants, gazole non routier, fioul domestique, fiouls lourds, gaz de pétrole liquéfié, carburéacteur.
- les consommations annuelles par département et région d'outre-mer, depuis 2011, de gazoles, essences, fiouls, GPL et carburéacteur..
- Portail des datavisualisations – Agence opérateurs de réseaux d’énergie (ORE).
- Les prix des produits pétroliers en 2023: les prix baiss… Les ventes de produits pétroliers en 2019 – Résultats par….
- Mots clés analyse locale gaz naturel électricité produit pétrolier chaleur.
- Matias Perea. Consommation d'eau et d'énergie : les data centers vont être notés comme des frigos. 2026.




