Le gouvernement britannique a annoncé, le 23 septembre 2026, un financement de 90 millions de livres pour construire et rénover des réseaux de chaleur. Le programme doit permettre à plus de 750 000 logements de bénéficier d’un chauffage présenté comme moins cher et moins dépendant du gaz.
Ce chiffre regroupe plusieurs opérations. Il ne correspond pas au nombre de logements qui seraient chauffés directement par des data centers. À Londres, le projet le plus important vise jusqu’à 650 000 logements. Le financement public doit aussi contribuer à débloquer environ 5 milliards de livres d’investissements et à soutenir jusqu’à 2 000 emplois dans le génie civil, l’ingénierie et le transport fluvial.
Comment la chaleur d’un data center entre dans un réseau de chaleur
Les serveurs d’un data center consomment beaucoup d’électricité et produisent en continu de la chaleur. Les systèmes de refroidissement l’évacuent habituellement. Un réseau de chaleur peut récupérer cette énergie et la transférer à de l’eau, qui circule ensuite dans des canalisations isolées vers des logements, des immeubles ou des bâtiments publics.
Il ne s’agit donc pas d’envoyer de l’air chaud depuis les serveurs jusqu’aux habitations. Un échangeur sépare le circuit du data center de celui du réseau urbain. Des équipements peuvent ensuite adapter la température de l’eau avant son arrivée dans les bâtiments.
Le modèle dépend de la distance entre la source et les bâtiments raccordés. Il faut construire les canalisations, les stations d’échange et les équipements de régulation, puis limiter les pertes de chaleur pendant le transport. Une source complémentaire ou un dispositif de secours reste également nécessaire lorsque la chaleur récupérée ne suffit pas à couvrir la demande.
À Londres, de l’eau chaude transportée sur la Tamise
Le projet londonien bénéficie d’un financement public de 41 millions de livres. Il doit récupérer la chaleur d’un data center, transporter de l’eau chaude sur environ 25 kilomètres par jour le long de la Tamise, puis la faire passer par un tunnel construit sous le fleuve pour alimenter les réseaux locaux.
Dans l’attente du système souterrain permanent, des barges électriques doivent maintenir l’eau à température avant son transfert dans des réservoirs isolés installés sur les berges. Le projet reste soumis aux autorisations d’urbanisme. Le financement annoncé ne garantit donc pas encore sa mise en service, son calendrier ni son tracé définitif.
La récupération de chaleur de data centers n’est pas entièrement nouvelle au Royaume-Uni. En 2023, le Department for Energy Security and Net Zero avait annoncé un projet à Old Oak et Park Royal, à Londres, destiné à raccorder plus de 10 000 logements et 250 000 m2 de locaux commerciaux à une source de chaleur issue de data centers. Le projet actuel se distingue surtout par son échelle et par le franchissement de la Tamise.
Le programme finance aussi des réseaux sans data center
L’enveloppe de 90 millions de livres ne repose pas uniquement sur la chaleur informatique. Elle comprend des extensions de réseaux existants et la remise à niveau d’installations qui perdent de la chaleur ou contrôlent mal la température dans les logements.
Les principales opérations annoncées comprennent :
- Bradford : 9,7 millions de livres pour raccorder 255 logements, un hôpital et sept écoles ou établissements d’enseignement à une extension du réseau local;
- Solihull : 3,9 millions de livres pour étendre un réseau desservant déjà des bâtiments municipaux, un centre de loisirs, un théâtre et un établissement d’enseignement;
- Bexley et Greenwich : 11,5 millions de livres pour développer un réseau londonien qui pourrait desservir jusqu’à 100 000 logements une fois achevé;
- Marble Arch : 11,4 millions de livres pour un réseau utilisant des pompes à chaleur alimentées par l’eau de l’aquifère de la craie londonienne.
Le gouvernement prévoit aussi 13,3 millions de livres pour rénover 76 réseaux inefficaces en Angleterre et au pays de Galles. Les travaux doivent notamment remplacer des conduites qui fuient, isoler les tuyaux et installer de nouvelles unités d’interface dans les logements. Ces équipements donnent aux habitants un meilleur contrôle de la chaleur reçue.
La rénovation d’un réseau peut peser sur la facture
Le Vega Building, à Brighton, fournit un exemple précis. Le réseau de cet immeuble de 40 logements fonctionnait avec une efficacité annoncée de 35 %. Après des travaux réalisés en 2024 sur la chaufferie, l’isolation des conduites et les vannes thermostatiques, l’immeuble a consommé 50 % de gaz en moins. Les habitants ont économisé 438 livres par an sur le chauffage et l’eau chaude, d’après le bilan présenté par le gouvernement britannique.
La source de chaleur ne suffit donc pas à déterminer le prix payé par les habitants. L’état des canalisations, les pertes pendant le transport, le rendement des équipements et la méthode de facturation comptent aussi. Un réseau alimenté par une chaleur résiduelle peut rester coûteux s’il est mal isolé ou mal réglé.
Ce que le projet ne permet pas encore de conclure
Récupérer la chaleur d’un data center peut réduire le recours à des chaudières individuelles dans les bâtiments raccordés. Le résultat dépend toutefois de l’électricité consommée par le data center, du rendement des équipements et de la distance entre la source et les logements.
Cette récupération ne règle pas les autres questions posées par les grandes infrastructures informatiques, notamment leur consommation d’électricité, leurs besoins de refroidissement et leur emprise au sol. Le projet londonien devra donc être jugé sur des éléments concrets : le prix réellement facturé, la fiabilité du réseau, les solutions prévues en cas d’insuffisance de la chaleur récupérée et le nombre de logements effectivement raccordés.
Sources et références scientifiques
- Christian Cawley. UK government reveals £90m plan to warm homes with data center waste heat, with 750,000 homes getting cheaper heating. 2026.
- Department for Energy Security and Net Zero. Families set to save money through new and upgraded heat networks. 2026.
- Department for Energy Security and Net Zero. Thousands of homes to be kept warm by waste heat from computer data centres in UK first. 2023.




