Australie : pourquoi certains lieux interdisent les lunettes connectées

En Australie, les restrictions visent surtout les piscines, les salles de sport, les bibliothèques, les crèches et les écoles. Elles ne constituent pas une interdiction nationale des lunettes connectées ni de leur importation. Les collectivités cherchent surtout à limiter les enregistrements difficiles à repérer et à préciser les exceptions liées à l’accessibilité.

Des règles locales avec des périmètres différents

La City of Sydney a étendu ses règles sur les appareils d’enregistrement aux lunettes connectées dans ses piscines, salles de sport, structures d’accueil de la petite enfance, bibliothèques et mairies. Les conditions d’entrée et les affichages doivent mentionner ces dispositifs. Dans les installations aquatiques, l’enregistrement sans consentement n’est pas autorisé et les appareils d’enregistrement sont interdits dans les vestiaires ainsi que dans d’autres zones précises.

D’autres collectivités ont choisi des périmètres différents. Canterbury-Bankstown interdit les lunettes connectées dans ses équipements de loisirs et ses installations aquatiques. Yarra les a bannies de lieux comme les aires de jeux, les crèches et les salles de sport. Brisbane encadre, de son côté, l’utilisation non consentie de tous les appareils équipés d’une caméra, notamment les téléphones, les caméras d’action et les lunettes. La différence est concrète : une règle peut viser un appareil dans un lieu défini ou sanctionner un usage sans accord, quel que soit l’appareil.

En Australie-Occidentale, une mesure plus large concerne les établissements scolaires de l’État. À compter du 12 octobre, les élèves, les enseignants, les parents et les prestataires ne pourront ni porter ni entreposer de lunettes connectées dans les écoles. Le texte prévoit des exceptions pour les usages liés à l’accessibilité.

Le problème tient à la discrétion de l’enregistrement

a man wearing glasses
Photo de Quang Tri NGUYEN sur Unsplash.

Les lunettes connectées peuvent filmer en mains libres, enregistrer du son, prendre des appels et, selon les modèles, proposer des fonctions d’intelligence artificielle. Leur apparence proche de lunettes classiques rend la caméra difficile à repérer. Un voyant peut signaler l’enregistrement, mais il n’est pas forcément visible par la personne qui se trouve devant l’utilisateur.

Cette difficulté prend un autre poids dans une piscine, une salle de sport, un vestiaire ou un lieu fréquenté par des enfants. Une personne peut ne pas savoir si elle est filmée, où les fichiers sont stockés ou s’ils seront publiés. Dans ces espaces, demander au personnel de déterminer en permanence si une caméra fonctionne et si chaque personne a accepté l’enregistrement serait difficile à appliquer. L’interdiction de certains appareils fournit une règle plus simple, au risque d’englober des usages légitimes.

L’arrivée de modèles moins coûteux a également élargi l’accès à ce format. Les Ray-Ban Meta ont contribué à le rendre visible auprès du grand public, tandis que des modèles vendus à bas prix proposent eux aussi une caméra. Le prix ne permet toutefois pas de déduire la durée de conservation des fichiers, la protection des données ou les échanges entre l’appareil et son application.

Filmer une scène et la publier sont deux problèmes différents

Les critiques portent aussi sur des vidéos dans lesquelles des femmes sont filmées à leur insu, puis présentées sur les réseaux sociaux comme des scènes de séduction ou des contenus destinés à attirer une audience. Le dispositif ne crée pas à lui seul ce comportement, mais l’enregistrement mains libres réduit la visibilité de l’acte pour la personne filmée.

Une personne visible dans un espace public n’a pas nécessairement accepté que son image soit enregistrée, montée et diffusée à un large public. La distinction compte davantage encore lorsque la vidéo montre un enfant, une personne vulnérable ou une scène dans laquelle il est difficile de formuler un refus. Les règles sur le lieu de captation et celles qui concernent la publication peuvent donc soulever des questions différentes.

Adelaide illustre les limites d’une interdiction uniforme

À Adelaide, le conseiller municipal Phillip Martin a proposé d’étudier des restrictions dans les parcs, les bibliothèques et les salles de réunion. Cette démarche ne constitue pas une interdiction. Elle doit permettre d’examiner les mesures prises à Melbourne et à Brisbane avant une éventuelle décision.

Le cas d’Adelaide montre pourquoi le débat ne se résume pas à autoriser ou interdire. Une règle uniforme peut protéger les usagers dans les lieux sensibles, mais elle doit aussi distinguer une caméra utilisée pour enregistrer discrètement d’une aide technique portée par une personne handicapée. Elle doit enfin rester applicable par le personnel sans contrôle disproportionné des visiteurs.

Les exceptions d’accessibilité doivent être utilisables

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Photo de Arsyad Basyarudin sur Unsplash.

Des lunettes équipées d’une caméra peuvent faire partie des aides utilisées par des personnes aveugles, malvoyantes ou malentendantes. Les mesures de Sydney et d’Australie-Occidentale prévoient des exceptions pour ces usages. Une interdiction qui ne préciserait pas la procédure à suivre risquerait toutefois de laisser l’utilisateur négocier son accès à chaque entrée.

Une règle praticable doit indiquer les lieux concernés, la différence entre porter et utiliser l’appareil, les conditions de rangement et la manière de bénéficier d’une exception. Elle devrait aussi éviter d’obliger une personne à exposer publiquement son handicap devant les autres usagers. Le personnel a besoin d’une consigne claire, tandis que l’utilisateur doit pouvoir prouver son autorisation sans transformer son handicap en justificatif public.

Les entreprises cherchent encore entre déclaration et interdiction

Optus examine ses propres règles pour ses magasins et ses bureaux. L’opérateur n’a pas annoncé d’interdiction générale, mais envisage cette possibilité ainsi qu’une obligation de signaler clairement le port de lunettes connectées avant d’entrer dans une pièce.

La déclaration répond à un problème précis : le voyant intégré ne suffit pas toujours à informer les personnes présentes. Demander l’accord avant un enregistrement rapproche l’usage des lunettes de celui d’une réunion enregistrée. Cette solution ne règle cependant pas le cas d’un visiteur qui entre dans le champ de la caméra sans participer à la conversation.

Pour l’instant, le cadre australien avance donc par lieu et par usage. Les piscines, les écoles et les structures accueillant des enfants adoptent les restrictions les plus nettes. Dans les autres espaces, la règle applicable dépend du gestionnaire et doit préciser à la fois le consentement, le port de l’appareil et les exceptions d’accessibilité.

Sources et références scientifiques
  1. Nico Arboleda. ‘We don’t want what’s happening in the US to happen here’: Australia’s smart glasses ban extends to even more public areas. 2026.
  2. Jorge Branco. Pressure on federal government grows as another council bans ‘pervert’ glasses. 2026.
  3. Sharne Wakefield. Smart glasses bans are being adopted, and Adelaide City Council could follow suit. 2026.
  4. Jason Om. Camera glasses contain footage that appears to have been accidentally filmed inside Chinese factory. 2026.
  5. Optus may ban smart glasses in stores, offices – iTnews.

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