Les Pays-Bas testent DAWO, un environnement de travail numérique fondé sur NixOS pour réduire la dépendance de leur administration aux logiciels et services de Microsoft. Le projet couvre le système d’exploitation, les applications bureautiques, les outils collaboratifs, le cloud et la gestion informatique.
Huit communes participent aux essais. Une première version stable est attendue pour la fin de 2027, mais aucun calendrier de déploiement national n’a été annoncé. DAWO reste donc une expérimentation, pas un remplacement immédiat de Windows dans tous les services publics néerlandais.
DAWO dépasse le remplacement de Windows
Le programme est supervisé par le ministère néerlandais de l’Intérieur et des Relations au Royaume. Trois opérateurs informatiques publics, SSC-ICT, DICTU et DUO-ICT, participent à sa conception et à sa mise en place.
Le choix de NixOS répond à un objectif de contrôle sur l’environnement de travail. Le système est un projet néerlandais qui n’est pas directement contrôlé par une entreprise unique. Des alternatives comme openSUSE et Fedora auraient également été étudiées avant la sélection de NixOS.
Un projet accéléré par le dossier de la Cour pénale internationale
Le contexte invoqué remonte au début de 2025, après les sanctions américaines visant la Cour pénale internationale, installée à La Haye. Des informations publiques ont rapporté que le procureur de la juridiction avait perdu l’accès à certains services Microsoft, dont sa messagerie. Microsoft a contesté cette présentation des faits.
L’épisode a néanmoins illustré un risque pour les autorités néerlandaises : une décision prise aux États-Unis peut affecter l’accès d’une organisation européenne à des outils numériques essentiels. La question concerne donc la continuité des services, l’accès aux données et la capacité à maintenir un environnement de travail lorsque le contexte politique ou commercial se tend.
Pourquoi NixOS a été choisi comme socle
Une configuration décrite en code
NixOS utilise le gestionnaire de paquets Nix. Chaque paquet est installé dans son propre répertoire, avec ses dépendances enregistrées séparément. Les administrateurs peuvent décrire les logiciels, les versions et les réglages d’un poste dans des fichiers de configuration, puis reconstruire un environnement comparable sur plusieurs machines.
Cette méthode limite les écarts entre les configurations et facilite la reproduction d’un même poste dans plusieurs organismes. Les responsables du projet estiment qu’environ 80 à 90 % d’une configuration pourrait être réutilisée d’un déploiement à l’autre. Ce chiffre reste une estimation : les applications et les besoins propres à chaque administration peuvent imposer des adaptations.
Les essais portent aussi sur de vieux portables
Les pilotes menés dans huit communes utilisent notamment des ordinateurs portables qui auraient été retirés du service. NixOS peut fonctionner sur des machines que les exigences matérielles de Windows 11 ne prennent plus en charge. Le projet permet ainsi de tester une prolongation de la durée d’utilisation du matériel.
Cette possibilité ne suffit pas à établir l’intérêt économique d’une migration. Le coût dépendra aussi du support informatique, de la maintenance des appareils et de la capacité des administrations à conserver un niveau de sécurité adapté.
Le bureau et les applications seront le test décisif
Préserver les usages existants
Changer de système d’exploitation ne représente qu’une partie du projet. Les administrations devront faire fonctionner les applications bureautiques, les outils collaboratifs et les services utilisés par plusieurs départements. Elles devront aussi préserver l’accès aux données existantes et accompagner les agents pendant le changement d’environnement.
La compatibilité avec les documents et les outils encore utilisés sous Microsoft pèsera directement sur la migration. Une solution libre peut couvrir les usages courants sans reproduire exactement chaque fonction d’un environnement propriétaire. Les essais devront donc vérifier les échanges de fichiers, la continuité du travail et le support nécessaire aux utilisateurs.
La fin de 2027 correspond à l’objectif annoncé pour une première version stable de DAWO. Cette étape devra encore être suivie de validations, de contrats de support, de tests de sécurité et de décisions propres à chaque administration. Elle ne fixe pas la date d’un abandon général de Windows aux Pays-Bas.
Une autonomie à mesurer sur le terrain
DAWO cherche à réduire le risque lié à un fournisseur dominant, mais il ne supprime pas toutes les dépendances techniques. Le matériel, les réseaux et une partie des logiciels reposent sur des chaînes de production et de développement internationales. Un environnement ouvert demande également des équipes capables de l’administrer, de l’auditer et de le maintenir.
Les essais devront donc mesurer la stabilité des applications, le coût du support, la sécurité des mises à jour, la compatibilité des fichiers et l’adoption par les agents. Si DAWO devient utilisable par plusieurs administrations, les Pays-Bas disposeront d’une méthode reproductible pour réduire leur dépendance à un environnement unique. Dans le cas contraire, le projet montrera que la difficulté d’une migration Linux tient moins au choix de la distribution qu’à l’organisation qui l’accompagne.
Sources et références scientifiques
- Craig Hale. Dutch Government is the latest to ditch Microsoft, US sanctions push Netherlands towards home-grown NixOS-based software. 2026.
- Niklas Berg. Dutch government builds NixOS-based platform to reduce reliance on Microsoft. 2026.
- EUROPE SAYS. The Netherlands Built a Nix-Basd Linux Desktop Because Microsoft Cut Off the ICC – EUROPE SAYS. 2026.
- Sourav Rudra. The Netherlands Built a Nix-Based Linux Desktop Because Microsoft Cut Off the ICC. 2026.
- Matt Bidwell. Netherlands builds sovereign Linux workspace to replace Microsoft for government. 2026.
- Jakob Steinschaden. Goodbye, Windows: The Netherlands Is Building Its Own Linux for Government. 2026.
- Oliver Haslam. US sanctions force The Netherlands off Microsoft and toward alternative NixOS-based software ecosystem, trial programs running now, first release expected at end of 2027. 2026.
- Cassim Montilla. Les Pays-Bas construisent leur propre Linux pour quitter Windows dans l’administration. 2026.




