Une paire de lunettes connectées peut filmer une conversation sans que la personne en face repère la caméra. La monture ressemble à un modèle ordinaire, alors que certains appareils permettent aussi de téléphoner, d’écouter de la musique, de traduire une discussion ou d’interroger un assistant vocal.
Ces usages ne donnent pas le droit d’enregistrer les personnes présentes. Le consentement à une conversation ne vaut pas automatiquement consentement à sa captation, et accepter d’être filmé ne signifie pas forcément accepter une publication sur les réseaux sociaux.
La caméra se confond avec la monture
Les lunettes connectées récentes reprennent les codes d’une paire classique. Leur caméra est intégrée à la monture et peut enregistrer une scène sans téléphone tenu à la main. Le dispositif peut donc rester difficile à identifier dans une rue, un centre commercial, un lieu de loisirs ou une salle de sport.
Cette discrétion explique l’écart entre ce que voit l’utilisateur et ce que comprend la personne filmée. Face à un téléphone levé, il est généralement possible de soupçonner une prise de vue. Une paire de lunettes banale ne donne pas le même indice.
Quand une approche devient un contenu diffusé
Les cas signalés suivent souvent un scénario précis : un homme aborde une femme dans la rue, à la sortie d’un commerce ou dans un lieu de loisirs, puis enregistre la conversation avec ses lunettes. La personne filmée ne découvre parfois la vidéo que lorsqu’un proche lui envoie le lien ou qu’elle la voit sur un réseau social.
Dans un cas rapporté en France, une femme abordée à la sortie d’un supermarché a appris le soir même que la séquence avait été publiée. D’autres vidéos montrent des femmes dans des situations ordinaires, accompagnées de commentaires moqueurs, sexualisés ou misogynes. La mise en scène vise alors à provoquer une réaction ou à transformer le malaise de l’interlocutrice en contenu.
La diffusion prolonge l’interaction initiale. La personne filmée ne sait pas toujours combien de comptes ont repris la vidéo, qui l’a téléchargée ni quels commentaires peuvent encore apparaître. La suppression d’une publication ne garantit donc pas la disparition de toutes les copies.
En France, les plaintes ont déjà conduit à des enquêtes
Le parquet de Paris a indiqué avoir ouvert plusieurs enquêtes après des plaintes concernant des femmes filmées dans la rue avec des lunettes connectées, sans leur consentement. Les procédures portent notamment sur la diffusion en ligne d’images ou de paroles sans accord. Lorsque les faits s’accompagnent de gestes sexuels non consentis, une qualification d’agression sexuelle peut aussi être examinée.
Le type de lunettes ne suffit pas à déterminer la qualification juridique. Le contexte de l’enregistrement, la façon dont la personne est filmée, le contenu publié et les circonstances de la diffusion comptent dans l’analyse. Une scène de foule et un gros plan réalisé pendant une interaction personnelle ne posent pas la même question.
Le 3018, ligne nationale consacrée aux victimes de violences numériques, peut accompagner les personnes confrontées à une vidéo humiliante ou à du harcèlement en ligne.
Que faire après avoir été filmé sans accord?
La priorité consiste à se protéger et à conserver les traces de la diffusion. Une confrontation physique ou une publication en retour peut aggraver la situation et compliquer les démarches.
- Demander l’arrêt de la captation si la situation reste sûre. Dites clairement que vous n’acceptez pas l’enregistrement. Ne tentez pas de récupérer les lunettes ou le téléphone et ne vous exposez pas à une confrontation.
- Conserver les éléments disponibles. Notez l’heure, le lieu, la description de la personne et les témoins. Pour une vidéo en ligne, gardez l’adresse de la publication, le nom du compte, la date, les commentaires et des captures d’écran.
- Signaler la publication sans effacer les preuves. Utilisez les outils de la plateforme et demandez le retrait du contenu. Une copie peut réapparaître sur un autre compte, d’où l’intérêt de documenter la vidéo avant le signalement.
- Se faire accompagner si la diffusion continue. En cas de menaces, de harcèlement ou de contenu sexuel, prévenez une personne de confiance, contactez le 3018 et envisagez un signalement aux services compétents ou un dépôt de plainte.
La caméra n’est pas obligatoire pour tous les usages
Une paire connectée peut répondre à certains besoins sans filmer ce qui se passe devant l’utilisateur. Des modèles audio permettent d’écouter de la musique, de téléphoner, de traduire des conversations ou d’utiliser un assistant vocal sans caméra frontale. Cette option ne supprime pas les questions liées aux microphones et aux données, mais elle évite de transformer chaque échange en séquence vidéo potentielle.
Les utilisateurs peuvent aussi désactiver la caméra lorsqu’elle n’est pas nécessaire, prévenir les personnes présentes et éviter les lieux où l’intimité est attendue. Les établissements, eux, peuvent fixer des règles visibles pour les espaces où les élèves, les salariés ou les clients doivent pouvoir refuser ce type d’appareil.
Le point à retenir est simple : si une conversation devrait s’arrêter lorsqu’une personne sort son téléphone pour filmer, la même prudence s’applique à une paire de lunettes équipée d’une caméra.
Sources et références scientifiques
- Graham Barlow. ‘These should never have got out of the lab’, smart glasses are being used to secretly film women, and I’m angry we learned nothing from Google Glass 12 years ago. 2026.
- Ariel Zilber. Meta’s ‘pervert glasses’ fuels trend of creeps secretly filming women, posting videos online without consent: report. 2026.
- La rédaction de TF1info. « Je ne me suis doutée de rien » : la mode inquiétante des lunettes connectées, qui peuvent vous filmer à votre insu. 2026.
- Innovations technologiques.
- Biens de consommation courante.
- Au travail, dans la rue, en privé… Les lunettes connectées sont partout, mais peuvent-elles tout enregistrer?.
- Benjamin Hue. Comment les lunettes connectées sont détournées pour filmer des femmes à leur insu. 2026.
- Elsa Mari. « Cette vidéo met en jeu ma dignité et ma sécurité » : Mathilde a été filmée à son insu par des lunettes connectées. 2026.
- Christine Mateus. Lunettes connectées : la méfiance des femmes face à l’invasion des regards indiscrets. 2026.
- AFP, Sophie Neumayer. Lunettes connectées : plusieurs enquêtes ouvertes en France après des plaintes de femmes filmées à leur insu dans la rue. 2026.
- Louise Ballongue. Filmée à votre insu par des lunettes connectées : le fléau des influenceurs qui inquiète Amélie Boukhobza. 2026.




